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Je
fais partie de ceux pour qui la vision des avions Swissair cloués
au sol le 2 octobre 2001 a causé un pincement de cœur et
un sentiment de colère. C’était un peu de notre
fierté, peut-être de nos illusions, qui ne s’envolerait
plus.
Quel
rapport avec le secret bancaire helvétique, si mis à mal
aujourd’hui ? Aucun bien sûr ! Swissair servait la population,
alors que le secret bancaire a été inventé pour
protéger, au mieux les nantis, au pire les malhonnêtes.
Et pourtant !
La
force de notre place financière, sa compétitivité,
notre technologie de pointe, s’expliquent en grande partie, non
pas par les qualités intrinsèques propres aux Helvètes,
mais par l’activité de notre secteur tertiaire, tout particulièrement
bancaire, disposant de capitaux importants, déposés principalement,
non par des résidents, mais par des étrangers, qui ont
vu dans la Suisse un pays plus stable et plus sûr que leur lieu
de domicile.
Certes,
des abus retentissants ont terni l’image de notre pays, au point
qu’aucun film de gangsters qui se respectait ne faisait l’impasse
sur un compte numéroté en Suisse, sur lequel la rançon
ou le butin devaient être impérativement déposés.
Mais
les choses ont changé depuis longtemps déjà, et
tout spécialiste sait parfaitement qu’il est plus difficile
d’ouvrir un compte en Suisse, ou d’y faire transférer
des sommes, qu’à Londres, Monaco ou Luxembourg.
Voici
que l’on nous menace de nous faire figurer sur la liste des paradis
fiscaux ! Paradis oui, mais fiscal non, en aucun cas, s’insurge,
unanime, la classe politique ! Alors nos dirigeants, dans leur sagesse
réactive, décident désormais de collaborer. Nous
serons des collabo(rateur)s des puissances étrangères,
lorsqu’il s’agira de traquer les mauvais contribuables.
Nous sommes devenus de bons élèves, compliants et dociles,
et les « grands » nous laisseront notre petit goûter
à la récréation. Il est vrai qu’ils n’auront
plus la tentation de nous prendre ce que nous leur donnons spontanément.
Il
n’est désormais plus politiquement correct de lutter pour
le maintien du secret bancaire en faveur des non résidents en
Suisse. Peu importent les conséquences de cette « déculottée
» historique. Il faut passer par là pour « faire
comme les autres ». S’il existe des « soupçons
fondés » (chacun appréciera la rigueur de cette
notion juridique indéterminée) de fraude ou d’évasion
fiscale à l’encontre d’un résident étranger,
son Etat de domicile pourra requérir la collaboration de la Suisse
pour savoir si des comptes bancaires ont été ouverts à
son nom ou en sa faveur.
On
nous explique, dans les milieux autorisés, qui s’autorisent
beaucoup de choses, pour paraphraser Coluche, que la distinction entre
fraude et évasion est abstraite, et qu’elle ne saurait
être maintenue. Mettre de l’argent en Suisse sans le déclarer
au fisc de son pays serait aussi grave que d’organiser un montage
dans le but de tromper ce fisc, et dans les deux cas la collaboration
se justifierait.
Vraiment
?
Prenons
l’exemple d’un Français, qui a, par son activité
parfaitement licite, réalisé des revenus importants, sur
lesquels il s’est acquitté des impôts français
sur le revenu. Ce que le fisc français a bien voulu lui laisser
fait désormais partie de sa fortune et doit être déclaré
comme tel. Pour des raisons qui lui appartiennent et qui peuvent relever
de l’organisation de sa succession, ce contribuable français
considère que cette fortune serait mieux placée en Suisse
qu’en France, et il organise progressivement le transfert de ce
qui lui appartient sur un compte bancaire suisse, à l’insu
de l’Etat français. Pour la banque suisse, il s’agit
d’argent propre, car gagné honnêtement, et qui peut
donc être déposé sur un compte bancaire. Un impôt
anticipé de 35% sera prélevé sur les revenus de
ce compte, en faveur du fisc suisse, impôt que le contribuable
français ne pourra pas déduire de sa déclaration
fiscale, n’étant pas imposé en Suisse.
La
banque suisse ignore, et n’a pas à savoir, si ce client
étranger fait figurer son compte bancaire suisse dans sa déclaration
fiscale française. En d’autres termes, il ne lui appartient
pas de rechercher s’il s’agit d’un bon contribuable
français.
Cette
question relève du droit français, et, d’une manière
plus générale, de la politique de la France en vue de
conserver la fortune de ses contribuables sur son sol. L’évasion
fiscale n’est pas un délit pénal en Suisse, et notre
pays n’a pas à dénoncer ce client, qui a choisi
notre pays pour des motifs qui lui appartiennent.
Autre
est la situation du même contribuable français, qui, pour
faire échapper une partie de ses revenus au fisc français,
ferait établir de fausses factures par une société
suisse, qui encaisserait ainsi pour son compte des sommes versées
sans contre-prestation réelle. Ce montage, destiné à
tromper l’Etat français n’est autre qu’une
escroquerie, que la Suisse ne saurait cautionner. La fraude fiscale
est un délit, pour lequel l’Etat étranger doit pouvoir
compter sur la collaboration de la Suisse.
Faire
un amalgame entre évasion et fraude revient, ni plus ni moins,
à dissuader désormais tout client domicilié à
l’étranger de maintenir en Suisse un compte non déclaré
dans son pays de résidence. Pensez-vous qu’il le fera désormais
figurer sur sa déclaration fiscale au risque d’être
poursuivi et lourdement sanctionné ? Non bien sûr. Il ira
ailleurs.
Par
une politique invertébrée, allant là où
les emmène le vent du moment, nos dirigeants fédéraux
supportent une lourde responsabilité, dont la Suisse payera la
facture au comptant ces prochaines années.
Quant
à nos banquiers, encore groggis par la crise, la mollesse de
leur réaction est à la hauteur de la culpabilisation que
l’incompétence des dirigeant de l’UBS a fait peser
sur eux, notamment en allant commettre aux Etats-Unis des infractions
pénales selon les lois de ce pays, au point de devoir dénoncer
les contribuables américains qui ont bénéficié
de leurs conseils avisés.
Lafontaine
nous a appris que le roseau, mince et frêle, par opposition au
chêne, grand et fort, se plie mais ne se rompt pas. La Suisse
a choisi la politique du roseau, oubliant que la longévité
n’est pas toujours question de souplesse, et que le vent, contrairement
à la fable, n’est pas le seul péril qui menace.
Certains,
dont je suis, pensent qu’il est parfois préférable
de prendre le risque de la rupture, lorsqu’il en va de l’avenir
de notre pays, en restant ancrés dans des traditions dont nous
n’avons pas à rougir, au vu des concessions légitimes
déjà consenties ; comme le chêne, dont les racines
sont profondément ancrées dans sa terre.
A
force de chercher le compromis, on le devient !
Mauro
Poggia
Candidat
MCG au Conseil d'Etat
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