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L’hypocrisie
de Micheline Calmy-Rey
Présente
lors du 28ème Congrès du Groupement
transfrontalier européen, notre ministre des
affaires étrangères dénonce « la xénophobie
anti-frontaliers », ce qui ne pouvait que
lui valoir les compréhensibles applaudissements
de l’assemblée.
En
assénant de la sorte une simplification
outrancière d’une situation complexe, tout
comme l’avait fait l’éditorial de la
Tribune de Genève, en pleine campagne électorale,
au lendemain de l’encart publicitaire de l’UDC
faisant très maladroitement référence à la
« racaille d’Annemasse », et qui
accusait l’extrême droite de « chasser
sur les terres xénophobes du MCG », notre
ministre affiche pleinement son hypocrisie
politique.
Les
travailleurs frontaliers français ont toujours
fait partie du tissu socio-économique genevois,
et Genève, dans bien des domaines, ne
fonctionnerait tout simplement pas sans
l’apport du travail frontalier. Il se trouve
qu’avec l’entrée en vigueur de l’accord
sur la libre circulation des personnes conclu
avec l’UE, du jour au lendemain, sans aucun
contrôle ni aucune restriction, le
ressortissant européen, qui ne pouvait toujours
pas venir s’installer librement en Suisse en
raison d’un moratoire, encore en vigueur à ce
jour et fixant des quotas, a pu venir y
travailler.
Bref
rappel aux amnésiques de circonstance :
avant les accords bilatéraux, dont le principe
n’est pas ici remis en cause, un frontalier
devait résider six mois au moins en zone
frontalière, et son engagement devait être
accepté par une commission tripartite, dont
faisaient partie l’Etat et les partenaires
sociaux. Cela permettait de vérifier non
seulement qu’il s’agissait d’un « vrai
frontalier », mais aussi que la main-d’œuvre
locale ne pouvait répondre à la demande, et
que les conditions salariales étaient conformes
à celles en vigueur dans la profession, avec ou
sans convention collective de travail.
Aujourd’hui
Genève a le taux de chômage le plus élevé de
Suisse et un nombre de travailleurs frontaliers
(dont les Suisses domiciliés en France ne font
pas partie) en continuelle croissance. Sans
aucun rapport ! nous disent en coeur les
membres de notre gouvernement, lesquels refusent
pourtant toujours de donner légalement la
priorité au marché local de l’emploi, ne
serait-ce que pour les postes impliquant
l’exercice de la puissance publique. Cela
en dit long sur la volonté politique du Conseil
d’Etat de protéger l’emploi des résidents
genevois.
Il
se trouve que certains élus, dont les
sensibilités politiques sont aussi bien de
droite que de gauche, membres du MCG, se déclarent
préoccupés par cette situation, et demandent
que des mesures soient prises, d’abord au sein
de l’Etat et des institutions autonomes de
droit public, pour donner une priorité aux
travailleurs de notre canton (et non seulement
aux chômeurs, qui ne sont pas les seuls
potentiellement intéressés aux nouveaux postes
créés et aux postes à repourvoir), et,
ensuite, pour sensibiliser les employeurs privés
et les inciter à faire appel à la main d’œuvre
locale, tout en dénonçant ceux qui, n’étant
soumis à aucune convention collective, font
appel à des travailleurs frontaliers, moyennant
un salaire inférieur à celui que pourrait
accepter un résident.
Etre
conscient de ce problème et y chercher des
solutions ne peut être assimilé à de la xénophobie
qu’avec une totale mauvaise foi, ce
d’autant que Micheline Calmy-Rey elle-même,
lors de l’émission « Infrarouge »
du 2 décembre 2009 sur TSR1, incitait les
employeurs installés en Suisse à donner la
priorité au marché local de l’emploi !
C’est
au contraire cette politique de l’autruche qui
risque de conduire à la xénophobie, terme
d’ailleurs improprement utilisé, car les résidents
genevois, toutes nationalités confondues, ne
comprennent pas qu’eux-mêmes et leurs enfants
puissent rechercher en vain un emploi, attribué
à un ressortissant européen, qui vient parfois
de bien loin pour occuper un emploi qu’ils
pourraient eux-mêmes assumer. Nos salaires sont
alléchants, d’autant plus lorsque l’on
n’a pas à assumer nos loyers et nos primes
d’assurances maladie…
Et
nos voisins de l’Ain et de la Haute-Savoie,
qui sont aussi nos partenaires, seraient bien
inspirés de partager nos préoccupations. En
effet, combien de normands et de limousins
seraient heureux de venir les remplacer sur sol
genevois si une véritable politique régionale
n’est pas mise en place ? Sans parler de
l’exode vers le marché suisse de toute main
d’œuvre formatrice disposant d’un minimum
d’expérience, notamment dans les domaines des
services et de la vente, et il suffit de fréquenter
les commerces de France voisine pour constater
que tel est déjà le cas.
En
conclusion, plutôt que de flatter son auditoire
en parlant à mauvais escient de xénophobie et
en reniant ses propres paroles, Micheline
Calmy-Rey ferait bien de se souvenir qu’elle
représente la Suisse et ses habitants, et
qu’elle occupe ses fonctions pour anticiper et
résoudre les problèmes, non pour les
nier.
| Mauro
Poggia |
| Député
MCG au Grand Conseil |
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